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D’Auschwitz à Tchernobyl, le Dark Tourism s’exhibe sur Instagram…

D’Auschwitz à Tchernobyl, le Dark Tourism s’exhibe sur Instagram…

Tenir un blog sur un sujet, c’est aussi s’intéresser à ses dérives et à ses possibles conséquences néfastes. Et les deux sujets qui portent mes publications ne sont pas exempts de dérives et ces dernières ont parfois des répercussions graves que ce soit au niveau écologique ou éthique. J’ai déjà évoqué l’ego-tourisme avec Instagram qui agit comme un des leviers du tourisme de masse. Cet article met en lumière (sans mauvais jeu de mot!) le dark tourism et surtout les questions éthiques soulevées par le comportement de certains Instagrammeurs.

Le Dark Tourism, une pratique controversée

Un mot anglais pour désigner un phénomène universel

Cet anglicisme, désigne le fait de visiter des lieux étroitement liés à la mort, à la guerre ou à tout autre évènement dramatique. Ce n’est pas un phénomène nouveau. On peut le lier dans certains cas au tourisme de mémoire sur lequel certaines destinations misent énormément. Certains lieux dans le monde sont devenus des pôles d’attraction touristique « grâce » à leur passé dramatique. De la ville ukrainienne de Prypiat située à quelques kilomètres de Tchernobyl à la prison Khmer de Phnom Penh en passant par Fukushima ou le mémorial du 11 septembre à New, York, nombreux sont les sites faisant le bonheur des adeptes du Dark Tourism.

Une question de curseur

Au niveau éthique, cette forme de tourisme est souvent vilipendée mais en fait, il s’agit surtout de savoir où se situe la limite entre le devoir de mémoire et une forme de voyeurisme malsain. C’est une question que doivent se poser tous les jours les responsables de ces sites. Les dérives sont nombreuses et, comme dans tout sujet éthique, rarement unanimement dénoncées. Le devoir de mémoire, la nécessite de ne pas tomber dans l’oubli justifie t il certains comportements déplacés voire inacceptables ? Cette interrogation a toujours été d’actualité mais se justifie d’autant plus avec l’apparition des réseaux sociaux et notamment d’Instagram et la visibilité immédiate que ces comportements, qui ont toujours existé, reçoivent.

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Les selfies dans le viseur

Quand un cliché fait polémique…

Ces dernières années, les polémiques se sont enchaînées à cause de clichés déplacés pris par des influenceurs dans certains lieux de mémoire. Jusqu’ici, la palme des clichés inadmissibles revenait à Auschwitz. Les gestionnaires du site ont d’ailleurs fait un appel à la décence fin mars sur Twitter face à l’augmentation massive de ces comportements.

« Quand vous venez à Auschwitz, souvenez-vous que vous êtes sur un site où un million de personnes ont été tuées. Respectez leur mémoire. Il y a de meilleurs endroits pour apprendre à marcher en équilibre sur des rails que sur le site qui symbolise la déportation de centaines de milliers de personnes vers leur mort. »

When you come to @AuschwitzMuseum remember you are at the site where over 1 million people were killed. Respect th… https://t.co/yhtb4Prtxg

— AuschwitzMuseum (@Auschwitz Memorial)

La goutte d’eau qui a fait débordé le vase ? Une photo d’une jeune femme en équilibre sur des rails de train. Les mêmes rails qui on servi à acheminer des wagons remplis d’hommes, de femmes et d’enfants envoyés à la mort.

Une course à l’image qui tourne à l’absurde et à l’inconscience

Aujourd’hui, c’est la série Chernobyl, énorme succès sur HBO qui est à l’origine, bien involontairement, du scandale. Le village ukrainien de Prypiat est envahi de touristes se prenant en photo avec les ruines dans des mises en scènes plus que douteuses. La course à la photo qui sera le plus likée et le plus largement diffusée aboutit souvent à des clichés absurdes, déplacés ou même dangereux. Le hashtag #Chernobyl sur Instagram vous en fera un florilège. La palme d’or revient à une influenceuse dont je tairai le nom pour ne pas lui faire de pub (ce serait contraire à la mienne d’éthique!) qui a posé à moitié dénudée sur le site de l’accident nucléaire. Un cliché empreint d’inconscience. En effet, le site a beau être sécurisé, il convient, pour le visiter, d’être vêtu de la tête aux pieds et même de s’équiper d’un détecteur de radiations…

« Un choc des cultures »

Ces polémiques autour des clichés jugés scandaleux ou déplacés dans des lieux de mémoire sont révélatrices d’un débat plus large sur la manière de communiquer actuelle. Dans un article du Monde du 29 mars 2019 traitant des selfies à Auschwitz, Fanny Georges, maître de conférence à la Sorbonne Nouvelle et spécialiste de l’identité numérique explique ces polémiques comme un « choc des cultures ».

« Le selfie est souvent interprété comme un acte de narcissisme, mais c’est en fait une pratique médiatique comme une autre. Ces photos ne sont pas nécessairement une façon de montrer qu’on est particulièrement beau, ou ceci, ou cela. C’est une manière de dire qu’ils sont là, de faire passer leur émotion, avec leurs moyens communicationnels. Il s’agit moins d’utiliser Auschwitz pour communiquer une image de soi que de communiquer une émotion liée au lieu, même si ça passe par des filtres, une présentation impeccable… C’est une norme de présentation de soi. »

Le Monde- 29 mars 2019-
https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/03/29/photos-selfies-le-memorial-d-auschwitz-appelle-a-la-decence_5442917_4408996.html

Sur les réseaux sociaux, la norme est de se montrer sous son meilleur jour, tout doit être positif et, toujours selon Fanny Georges, «montrer un visage en pleurs sur un selfie n’aurait pas de sens ». Un débat qui n’est pas cantonné au Dark Tourism et qui s’ouvre plus largement sur la relation aux réseaux sociaux et aux autres en général. Le selfie n’a donc pas fini de faire couler de l’encre !

A propos de l'auteur

Yanis Chauvel

Consultant en Tourisme Digital Fondateur du blog Tourismedigital.info Créateur altertourism.fr

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